jeudi 23 octobre 2014

Tous les chemins mènent au Centre

Le paysage politique est en profonde mutation, de gauche à droite en passant par un centre que tout le monde cherche. 

Les voies du centre sont impénétrables

On connaissait le centre-droit, l'UDF. Celui des alliances automatiques, celui qui faisait office d'appendice d'un grand parti de droite, et obtenait au mieux un réseau d'élus locaux qui pouvaient jouer un rôle ponctuel mais jamais vraiment déterminant pour le pays. 

On connaissait aussi le centre à droite, les "centristes de l'UMP" anciens de l'UDF. Incolores, inodores, écrasés, inutiles. On voit les mêmes ou presque évoluer à nouveau en centre-droit du XXIe siècle dit indépendant, l'UDI, dont on attend toujours les preuves d'indépendance réelle au delà de l'autonomie organisationnelle. A suivre...

On connait le centre-centre, le MoDem. L'unique véritable tentative de troisième voie, la plus sincère, qui semble avoir démontré que son approche est impossible, si l'on s'en réfère à ses échecs répétés. Et pourtant, avec 3-7 millions de votes pour François Bayrou en 2007 et 2012, il y a une réelle attente du peuple pour cette offre politique, mais un parti qui n'a pas su s'organiser, définir et clarifier cette offre, et faire émerger les leaders pour la porter.

On n'a jamais vu le centre-gauche (soit-disant PRG et maintenant FD). Pas la peine de s'y attarder.

Demain, allons-nous assister à l'avénement du centre à gauche, celui qui veut moderniser le socialisme?

Le centre à gauche: celui qu'on n'a pas encore essayé

Vous qui suivez l'actualité politique avec assiduité me voyez bien venir. Allons-y, prenons l'interview Valls 2014 dans l'Obs et le Programme Bayrou 2012 accompagné de quelques passages dans les média:

  • Valls 2014: "Nous aurions dû faire dès 2012 un constat plus clair sur la situation de la France, sur sa triple crise : crise de croissance, crise de la dette et des déficits, crise de confiance."
  • Programme Bayrou 2012: "Un environnement favorable à la production; atteindre l’équilibre budgétaire en 2016; Un nouveau contrat démocratique - moralisation de la vie publique"

  • Valls 2014: "Nous avons privilégié l’impôt par rapport à la diminution de la dépense publique..."
  • Programme Bayrou 2012: "répartir à part égale l’effort de redressement des finances publiques entre recettes et dépenses"
Dans la presse:

  • Valls 2014: "l’idéologie a conduit à des désastres mais la gauche que je porte garde un idéal : l’émancipation de chacun. Elle est pragmatique, réformiste et républicaine. [...] Notre impératif, c’est le rassemblement. [...] Il n’y a rien de pire que le sectarisme au nom d’une prétendue pureté."
  • Bayrou 2013 dans Les Echos: "Je crois  que cet affrontement sans fin est stérile et que pour redresser le pays, il faudra que les réformistes de tous les camps, de la majorité comme de l'opposition, prennent ensemble leurs responsabilités.2013 dans L'Obs "La confiance sera plus grande si les réformes sont soutenues au-delà des frontières des camps politiques."
La confirmation:

Valls 2014: "En 2012, nous avons commis l’erreur de ne pas tendre la main à François Bayrou. Peut-être l’aurait-il refusée, mais nous aurions dû le faire, alors qu’il avait appelé à voter pour François Hollande."

La victoire des idées?

Maintenant, Manuel Valls parle de construire une "maison commune de toutes les forces progressistes" tout comme François Bayrou s'est fait le chantre de l'idée d'unité nationale rassemblant les réformistes.

Valls en social-démocrate ou social-libéral proche des idées du leader du centre, rien de surprenant jusque là. La grande différence est qu'il a choisi de grandir au sein d'une des deux grandes formations politiques de gouvernement, et semble avoir attendu son heure pour prendre la main et faire valoir ses idées. Premier Ministre d'un Président au fond du trou, leader populaire d'une gauche divisée, c'est maintenant, bien avant le début des festivités présidentielles, qu'il faut que Valls lance son OPA sur le PS.

Malin, sans doute.  Mais il ne faudra pas tarder à faire le choix entre les idées et la stratégie politique.

S'il souhaite vraiment réformer la France en suivant les principes, qualifions-les de centristes, qu'il a déjà décrits en s'attirant par la même occasion les foudres de Martine Aubry et autres ténors de l'aile gauche du PS, il faudra que cette "maison commune" soit "une fédération, ou une seule formation [...]" comme il l'a déclaré dans son interview à l'Obs. Un nouveau PS comme Sarkozy veut créer une nouvelle UMP? Une autre formation politique qui le coupera du PS, ou détruira le PS, mais risque de l'affaiblir en même temps?

S'il veut pouvoir être le nouveau leader de la gauche en utilisant au maximum le PS comme socle électoral, il lui faudra alors faire un pas en avant et deux en arrières, s'assoir sur certaines idées pour optimiser ses chances de victoire. Ca s'est déjà vu...

Le centre indépendant, c'est maintenant!

Juppé, Sarkozy, Valls... tout le monte chasse et cherche son centre.

Mais si Bayrou a dit oui a Juppé et n'en finira jamais de dire non à Sarkozy, il a répondu à Valls "je ne participe et ne participerai pas à des manoeuvres d’appareil." Jean-Christophe Lagarde dans le cadre de sa campagne pour la présidence de l'UDI a ajouté "le centre n’est pas la variable d’ajustement d’une gauche en perdition".

Qu'est ce qu'ils attendent, une fois pour toutes, pour construire un parti unique au centre, indépendant, clair sur ses valeurs, son corpus idéologique et sur sa volonté de moderniser la France dans le cadre d'une Europe forte et unie? Qu'est devenue l'Alternative?

Selon un sondage publié la semaine dernière (Odoxa pour Le Parisien/Aujourd’hui en France, CQFD et i-Télé), deux tiers des Français (66%) estiment que le centre est un courant politique qui doit rester indépendant.

Chiche?




dimanche 19 octobre 2014

Les centristes à l'ouest




L'équipe de CQFD se moque un peu de l'élection du Président de l'UDI, en particulier son présentateur "Ca intéresse quelqu'un cette élection?" Mais l'analyse des chroniqueurs est toujours intéressante, je voulais donc vous en faire part.

Ca intéresse surtout 4 personnalités politiques

Henri Vernet, journaliste au Parisien, explique:

Nicolas Sarkozy - qui souhaite refondre un grand parti de droite et du centre
Alain Juppé - qui est le candidat de droite le plus centro-compatible
Francois Bayrou - parce qu'il représente le centre et aimerais être le parrain de cette mouvance politique
Jean-Louis Borloo - qui s'est retiré... pour l'instant ... et qui voit ses deux "poulains" Jean-Yves Jégo et Jean-Christophe Fromantin écartés de la compétition dès le premier tour

Pas assez d'incarnation

Régis Lefebvre, communiquant, note que comme ceux qui représentent le centre ne sont pas dans la course - Jean-Louis Borloo à la retraite et Francois Bayrou hors UDI - l'élection et son résultat futur ne seront pas très suivis. Toutefois si Jean-Christophe Lagarde l'emportait, il aurait le temps de reconstruire une famille politique, mais cela en prendrait surement beaucoup notamment en terme d'image.

Présence nulle sur le Web

Véronique Reille-Soult, agence web, fait en suite un revue de la presence des centristes sur Internet et en conclue un certain... vide:

  • Francois Bayrou a un écosystème complet amis très auto-centré, et reste beaucoup plus visible que le MoDem

  • L'UDI à l'inverse est beaucoup plus visible que JC Lagarde et H Morin combinés

Mais quand on regarde leurs chiffres de visibilité sur le Web, on ne sait pas trop à quoi cette mesure correspond et voit aussi un joli trafique d'échelles Bayrou 52-53, MoDem 45-46 et on donne l'impression que la relation de visibilité est du simple au double. L'UDI dans un même temps est proche de 100, ce qui montre un minimum de suivi de cette campagne, même s'il n'y a pas d'autres références. En revanche les 2 leaders de l'UDI sont clairement bas.

  • Enfin elle décide de regarder ce qui se passe au niveau de l'Alternative qui avait fait l'objet d'un bel effet d'annonce pour les européennes, et la, le vide: un page d'accueil du site internet statique et un compte twitter avec environ 4000 suiveurs, inactif.


Qui incarne le centre et à quoi sert-il?

Qui incarne le centre? Pour les personnes interrogées, le message est clair: François Bayrou et Jean-Louis Borloo. Quand les UDI sont interrogés le résultat est encore plus bas pour les candidats à la succession de Borloo qui reste seul maitre à bord.


 

Le plus intéressant est de voir ce que les français pensent quand ils sont interrogés sur l'utilité du centre





2 français sur 10 jugent que le centre n'a pas de poids politique, mais 7 sur 10 pensent qu'il est utile à la vie politique française et près de 6 sur 10 estiment qu'il correspond aux attentes des français.

Et pourtant, Henri Vernet rappelle que le centre va être très important en 2017. Tout le monde pense que Marine Le Pen sera au second tour. Donc le PS et l'UMP ont absolument besoin d'une candidature rassembleuse dès le premier tour. L'UMP a donc besoin d'englober l'UDI, par exemple à l'aide d'une primaire ouverte, pour que son candidat sorte plus fort à droite. L'hypothèse Juppé est plus simple dans la mesure où Bayrou à clairement indiqué son soutien à son voisin de Bordeaux. Mais si Sarkzoy sortait en tête, Bayrou pourrait s'opposer en se présentant à nouveau à la Présidentielle.

Enfin, Céline Bracq, la sondeuse de l'émission, conclue en montrant que la majorité des centristes, et en particulier au MoDem continuer de préférer une stratégie d'indépendance pour avoir un rôle politique, différence qu'elle explique par l'absence de leader incontournable à l'UDI. Je n'en suis pas si sûr et je pense que cela montre effectivement que la moitié des sympathisants/adhérents de l'UDI se voient revenus au temps de l'UDF et voient bien que la majorité des élus de l'UDI le doivent à des accords avec l'UMP.


Voir une telle émission est très frustrant pour un centriste car elle démontre à la fois le potentiel d'un centre fort et indépendant, et les limites liées à l'incapacité de nos leaders à l'incarner, lui donner une place, lui donner un rôle en France. 

Les chapelles, les ambitions personnelles, le manque de clarté idéologique, la chasse aux postes et les petits accords entre amis empêchent encore et toujours le centre de prendre son essor. 

Dommage pour l'avenir de la France et de l'Europe.



samedi 4 octobre 2014

La droite est-elle devenue le centre?

Le mouvement est certes progressif, mais il est quasiment devenu un nouvel ordre.

Le premier signe est venu du FN et de Marine Le Pen. Elle a forcé Nicolas Sarkozy à "droitiser" sont discours en épousant la "ligne Buisson". Ceci a ouvert la voix à la droite forte, la droite décomplexée, qui se lache sur l'immigration, fait le lien avec l'insécurité et divise son camp sur l'Europe, les frontières et la place de la France dans ce monde globalisé. Ceci a eu une conséquence importante: le FN est devenu acceptable, accepté, et a vu son nombre d'élus augmenter de manière significative. Je n'imagine même pas s'il y avait des élections législatives aujourd'hui. 

Le FN a préempté la troisième voix. Un coup à droite.

Un autre signe est venu du Président Hollande et de ses gouvernements, en particulier avec Manuel Valls. On le sait depuis longtemps, on parle de la gauche du PS et des sociaux-démocrates, voire d'autres lignes ou lignettes...la pluralité au sein du PS ne laissait que peu de place pour la formation d'un mouvement de centre-gauche (cf PRG).

Aujourd'hui la gauche à tendance centriste est au pouvoir. Deux coups à droite.

Au milieu de tout ça (sans jeu de mot...), l'UDI fait renaitre le centre-droit et Alain Juppé essaye de se saisir de la droite modérée et de recoller les morceaux avec le centre à travers François Bayrou, tout en sachant bien qu'il lui faudra plutôt les forces élues de l'UDI pour sa campagne presidentielle de 2017. Nicolas Sarkozy va aussi tenter le rapprochement avec l'UDI, mais surtout sans Bayrou qu'il tentera de pousser dans le trou noir du centre-gauche (hors PS).

La droite se recentre, le centre bouge à droite. Troisième coup.

Ainsi, les vagues électorales bleu marine du FN en ont fait une force politique incontournable est de force égale voire supérieure à celle de l'UMP ou du PS. La tendance social-démocrate floue et désorganisée venant du PS brouille les pistes et emprunte des accents qui pourraient être typiquement centristes. 

La droite dite traditionnelle fait donc de-facto office de centre sur l'échiquier politque. 

Ceci met évidemment en exergue les limites du mot "centre," surtout s'il est dépourvu d'association avec des idées, des prises de position et de marqueurs politiques clairs.

Spectateur impuissant de ce monde politique en mouvement entrainé par ces histoires d'alliances électorales, de sondages, d'anti ceci ou cela... beaucoup plus que par des combats d'idées POUR de nouvelles ambitions, j'avoue avoir du mal à entrevoir un scénario qui permette au centrisme d'exister et de s'exprimer, et surtout à la France de progresser et s'en sortir.









dimanche 21 septembre 2014

Le travail dominical: les stakhanovistes du mécontentement

Aujourd'hui j'ai eu quelques échanges sur Twitter avec @Linfomatrice (L'informatrice zélée) au sujet du travail le dimanche qu'elle avait commencé à accuser, de manière assez caricaturale, d'avénement du consumérisme (pas exactement dans ces termes, mais c'était le sens).

Ça m'énerve, alors je lui ai dit.

Elle a donc consenti à avancer quelques arguments dans un tweet/post un peu plus long (ici) et qui avait en effet le mérite de poser un peu mieux le problème.

Alors je vais être honnête: à priori, je suis pour, pour la simple raison que j'ai du mal à concevoir qu'on puisse empêcher les gens de travailler plus ou de simplement travailler quand ils le veulent ou le peuvent. Cependant, je pense aussi qu'il faut écouter ceux que ça inquiète, dépasser l'aspect consumérisme (ceux qui ne pensent qu'à l'ouverture des magasins) et avoir une discussion publique et parlementaire sur les contours d'un tel changement, ou plutôt d'une telle extension.

L'informatrice dit: "le débat sur le travail du dimanche est une vaste arnaque idéologique. Mais pour mieux faire passer la carotte, on réduit le débat à une logique de liberté et de choix."

A mon avis, l'arnaque c'est de refuser le débat et de fustiger l'intention avant même qu'elle puisse trouver une quelconque forme d'élaboration. Cependant, beaucoup de choses ont été dites à ce sujet, donc il serait raisonnable de partir de là.

Les arguments de ceux qui sont pour (article sur le Huffington Post)

  • Près d'un tiers des Français le fait déjà
  • Tous les commerces peuvent ouvrir cinq dimanches par an
  • L'emploi a tout à y gagner
  • Les Français sont favorables à l'extension
  • Les étudiants ne peuvent travailler que le dimanche
  • Du pouvoir d'achat en plus
  • La croissance pourrait progresser
  • La concurrence est déloyale entre magasins
  • Pour faire comme nos voisins
  • Repos dominical et laïcité ne font pas bon ménage
Je pense en particulier que cela pourrait donner une opportunité de retour à l'emploi pour certains.

  • Travailler pour une majoration qui disparaîtrait
  • Vandalisme social
  • Il n'y a pas de volontariat en droit du travail
  • Les petits commerces y perdront
  • Les Français sont contre l'extension
Allez, pour équilibrer, j'ajoute un article du Parti de Gauche
 
Ils y parlent de la nécessité d'augmenter les salaires. Mais c'est une bonne question, bien entendu! Augmenter le SMIC comme toutes les solutions générales ne me semble pas être le meilleur outil, mais lier le travail dominical à l'augmentation des salaires pour l'entreprise qui en profiterait, ça me parait être une discussion légitime.

Un des problèmes fondamentaux des politiques publiques, et en particulier celles qui touchent au travail, c'est qu'elles sont limitées par la constitution elle-même, l'égalité qui devient politiquement de l'égalitarisme, alors que de fait il est evident que dans la société les inégalités persistent et s'aggravent parfois.

Il est inutile de toujours stigmatiser, dogmatiser et se scandaliser des débats qui n'ont pas de réponse évidente. Tout autant que les petits arrangements entre amis d'une classe politique pas très exemplaire... ces stakhanovistes du mécontentement sont devenus un frein évident au progrès en France.

Sur chaque sujet, on ne finit par n'entendre que les super-pour et les super-contre, les uns traitants les autres de tous les noms, et ceux qui veulent faire en sorte que le pays avance en trouvant des moyens pour sortir du status-quo sont étouffés dans la bataille (cf. le mariage pour tous).

Je sais bien, un français qui ne râle pas n'est pas un français... Eh bien moi aussi je râle! 

Stop aux idées reçues, aux gentils contre les méchants, place au débat public sur tous les sujets.




dimanche 25 mai 2014

Message pour Les Européens UDI-MODEM

Chers responsables de l'UDI-MoDem,

Tout d'abord, j'espère que vos voix sur les plateaux télé ne vont pas se fondre avec celles des hommes et femmes politiques qui hurlent à la mort ou proclame ridiculement "un choc à l'échelle du monde" suite à la victoire du FN, et donner un peu de recul en parlant de ce que cela signifie pour les français et pour l'Europe, et de la façon d'envisager l'avenir.

dimanche 4 mai 2014

Les traitres



Une note d'humeur à l'heure où nous pouvons nous réjouir de ce que les parlementaires de l'UDI ont choisi de faire: s'abstenir en majorité (17 abstentions, 3 pour, 7 contre) lors du vote à l'Assemblée nationale sur le programme de stabilité présenté par Manuel Valls.

Je suis vraiment surpris, mais vraiment satisfait.


mercredi 9 avril 2014

Réaction à la tribune de Michèle Cotta: la stratégie Juppé-Bayrou



Michèle Cotta a publié une tribune sur le site Le Nouvel Economiste à laquelle je me suis permis de réagir sur un ou deux points concernant sa définition du centre.

Nous ne devons pas laisser passer une occasion de rectifier le tir, veiller à ce que ceux qui ont la parole qu'ils soient journalistes ou politiques, ne nous enferment pas dans les clichés qui nous enferment dans un rôle de force d'appoint. Je voulais donc partager avec vous le commentaire que j'ai ajouté: